Le Grand Style

L’opposition, l’antithèse, la dualité, le paradoxe, l’oxymore ; autant de termes pour désigner l’abrupte et heureuse coexistence de deux éléments en apparente contradiction. Dans ce monde qui fait la place belle aux étiquettes et aux catégorisations faciles, tout ce qui y échappe, dérange. Qui souhaite réellement creuser au delà des simplifications confortables que nous offrent les clichés, les stéréotypes, liés, entre autres, aux genres, aux professions, aux nationalités, aux religions, aux partis politiques, aux physiques ?

S’il est évident que l’humain est protéiforme, multiple, on semble pourtant souvent choisir de manquer la véritable rencontre de l’individu qui nous place inéluctablement en face de cette complexité. Nous préférons la faire correspondre à une vision plus simple, plus spécifique, en optant de valoriser une étiquette au détriment d’une autre : « femme », « étranger », « enseignant » etc. Mais qui ne rencontre pas l’autre est-il capable de se faire face ? Dans l’optique où l’on choisit de dialoguer avec le reflet que nous renvoie le miroir, on prend aisément conscience que l’on ne se réduit pas à une classification sans échapper à cette bienheureuse contradiction.

Selon Nietzsche, le « Grand Style » consiste à faire exister en soi deux puissances qui seraient apparemment paradoxales : les puissances réactives qui, comme l’adjectif « réactif » l’indique, répondent à un stimulus provoqué par l’extérieur et les puissances créatives qui elles, sont de l’ordre de la vision des « véritables artistes » qui eux « créent »  non « en réaction à » mais, depuis le fond de leur être en échappant ainsi au mimétisme primaire. Autrement dit, laisser une place à cette contradiction que l’on tend à vouloir faire disparaître en nous, lui en constituer une au lieu de la nier ou de lutter contre elle, relèverait du « Grand Style ».

Et si nous transposions cette théorie sur le rapport à l’Autre ? Car finalement, tenir compte de ses propres contradictions c’est accepter l’altérité en son sein. N’attendons pas d’être les victimes d’un regard stigmatisant pour remettre en question nos propensions à la catégorisation.

Parbleu et quant à avoir du style, autant qu’il soit doublement grand !

 

Le Style : c’est vous !

« C’est joli mais pas sur moi », « ce n’est pas de mon âge », » je suis maman maintenant », « je ne suis pas assez bien fait(e) pour porter cela »,  » la femme de cinquante ans est invisible », « ce n’est pas mon truc »,  » je ne m’intéresse pas à ça ».

Autant de paroles courantes qui laissent à penser que le style serait de l’ordre de l’élitisme, du peu accessible ou encore du honteux, de l’égoïsme, du vaniteux, du non-éthique. Pourtant, dans un monde où la première impression reste la seule capable de vous offrir un emploi ou de vous ouvrir aux rencontres, qui oserait encore nier l’importance de cet aspect visuel, que certains, souvent pour se protéger d’un mal-être évident ou se dédouaner d’une triste démission, qualifient péjorativement de superficiel.

Il est habituel de confondre « mode » et « style ». Néanmoins, la distinction se révèle capitale. Là où le premier terme joue sur une carence de confiance en soi dans un but consumériste en créant des besoins fictifs,  le deuxième, peut permettre de contribuer à parachever une image de soi valorisante et cohérente. La clé réside dans le fait de comprendre que le style, lorsqu’il est conscientisé et maîtrisé, sert à dévoiler une personnalité aux regards extérieurs. Contrairement aux idées reçues, puisque chacun est unique ; dans le domaine du style, pas de compétition, pas de comparaison. Chacun pour soi. La balle ne se situe en aucun cas ailleurs que dans son propre camp.

En effet, il paraît évident que pour rayonner, il ne faut pas tenter désespérément de ressembler à quelqu’un d’autre mais bel et bien cultiver sa spécificité. En ce sens, le conseil en image intelligent peut s’avérer très utile dans la mesure où le service aide à cerner un caractère de manière à vous sublimer sans vous changer. Lorsqu’il existe une dissonance entre la personne que vous êtes et votre apparence, vous transmettez un message non verbal très fort qui traduit un manque d’unité et vous peinez forcément à obtenir ce que vous recherchez.

Dès lors, pas de style possible si vous ne savez pas qui vous êtes, ce que vous souhaitez dégager et à quelles fins. Bien sûr, le style peut aussi servir de masque mais lorsqu’il n’est pas incarné, aussi bien conçu soit ce dernier, il ne provoquera pas l’effet tant escompté :  le charisme.

Il ne s’agit donc pas d’essayer d’imiter le modèle inaccessible du mannequin, de se déguiser ou de se cacher mais de se dévoiler… et qu’y a-t-il de moins superficiel ? C’est ainsi que certains aspects de la mode entrent enfin en jeu afin d’être utilisés comme outils au service d’un style qui sera le vôtre. Si c’est peut-être le cas de certaines tendances, le style ne possède pas d’âge, pas de morphologie particulière, pas de couleur, le style : c’est vous!